Procès

Posté par melanie chaluleau le Mercredi 28 octobre 2009

centreBondy – Rose, esclave des époux S

Rose, comme l’ont surnommé les médias, est Malienne. Lorsqu’elle arrive à Bondy à 11 ans, elle ne parle pas le français. Dans la famille S, elle prend vite la place de la « bonne ». Aujourd’hui âgée de 23 ans, Rose décide de porter l’affaire devant la justice.





Première étape avant les Prud’hommes, le 16 octobre au TGI de Bobigny. L’affaire retentissante fait la une des journaux. Une famille de Bondy a fait entrer en France en 1997 une jeune fille avec de faux papier et l’a faite travailler jusqu’en 2006, sans jamais la payer.

Rose se terre dans la 15ème chambre du tribunal correctionnel. Dehors, son avocate Me Anick Fougeroux donne des interviews. Son contradicteur Me Abdelhakim Bekel lui rend la pareille. Il a amené avec lui des amis de la famille S qu’il veut faire témoigner. Mais les juges refusent. A la barre, les époux S chuchotent. Rose elle, parle à voix haute. Déterminée et rageuse, elle raconte son calvaire.


ELLE FAISAIT TOUT DANS LA MAISON

Rose faisait le ménage, la cuisine, lavait la voiture de monsieur, le tout gratuitement. « Elle ne me donnait pas d’argent. Tout ce que j’avais, c’est elle qui me le l’achetait. » Non scolarisée, elle apprendra le français en regardant la télé. En 2003, sa patronne l’inscrit pourtant au CNED pour prendre des cours par correspondance. Mais ça ne marche pas. « Le niveau était trop élevé pour moi. Je ne pouvais pas suivre. » La non scolarisation de Rose a pesé dans les débats. Aïssata S qui travaille au service social de la mairie de Pantin argue qu’elle a tenté de l’inscrire à l’école plusieurs fois sans succès car elle n’avait pas de papiers.

Le procès s'est déroulé au TGI de Bobigny

Le procès s'est déroulé au TGI de Bobigny

On lui trouve alors un travail à Paris, dans un restaurant sénégalais. Rose travaille de 20h à 2h du matin pour 30 euros la soirée. Elle fait la cuisine et la vaisselle. « Des fois, je dormais sur le canapé du restaurant et la propriétaire me réveillait à 5h30 du matin pour que j’aille prendre le premier métro. » Un jour elle veut rentrer par le bus de nuit. Elle arrive à Bondy à 4h du matin. La prévenue qui ne dort pas lui dit « tu vas mal finir, tu commences à suivre les hommes. » Quant à l’argent gagné, Rose n’en verra jamais la couleur, S le gardait dans une enveloppe.


ROSE ÉVOQUE LES COUPS PORTES PAR AISSATA

Les relations entre Aïssata S et Rose se dégradent. « A un moment donné, j’étais fatiguée. Je n’en pouvais plus. La première fois qu’elle m’a giflée, c’était dans la chambre de son fils, devant eux. Je me suis aperçue que ma vie n’était pas normale parce que quand j’amenais les enfants à l’école, je voyais les autres jeunes rire dans la rue et moi je travaillais. » Rose continue de parler. Elle raconte les brimades subies avec précision. Comme les repas. Au début, elle les prenait avec la famille, puis toute seule. Les enfants du couple s’étaient plaints de l’odeur de javel. « La couleur de mes mains n’est plus la même parce que je travaillais sans arrêt avec le javel sans gants. »

Le 19 mai 2006, elle s’enfuit. « J’ai pris un sac poubelle avec des jeans et des t-shirts et je suis partie ». Une voisine l’amène voir le collectif contre l’esclavagisme moderne.


DES PRÉVENUS MUETS

Quand l’assesseur s’adresse aux époux S et leur demande de s’expliquer que le faux passeport, l’âge de la victime, ils en sont incapable. La juge note au passage que Rose « n’avait pas  l’emploi du temps qu’une fille de 15 ans. » Aïssata dément alors : dans la journée son mari ne mangeait pas, donc Rose ne lui faisait pas à manger. Le ménage ? Elle avait une femme de ménage qui venait en semaine, Rose s’en occupait le week-end. « Et ce que raconte Rose alors, c’est dans ses rêves ? », tranche le président. « Elle n’ était pas malheureuse » répond Aïssata.

L’assesseur se tourne alors vers Rose : « qu’attendez-vous de cette audience ? » La victime répond : « j’ai fait des choses pour elle que je n’ai même pas faites pour ma mère. Elle m’a humiliée. Elle a humiliée ma famille. »


180 000 EUROS AU TITRE DU PRÉJUDICE FINANCIER

Au titre du préjudice financier, Me Fougeroux demande 180 000 euros « calculé comme si Rose avait travaillé 63 mois à raison de 70 heures par semaine, soit 10 heures par jour sans repos soit un salaire de 2 900 euros », précise l’avocate.

La procureure a requis à l’encontre du mari 14 mois de prison dont 12 avec sursis et à l’encontre d’Aïssata deux ans de prison dont 16 mois avec sursis.

Rose est aujourd’hui hébergée en foyer et prépare en CAP de fleuriste.

Délibéré le 6 novembre.

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