Interview

centreNoisy-le-Sec – Alda Pereira Lemaitre : « Je bataillerai pour que ça change »

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Quelques jours avant le vote du budget, le maire de Noisy-le-Sec a accepté de nous accorder une interview. Bilan et perspectives d’avenir… Alda Pereira Lemaitre compte bien mener à terme ses projets, que ça plaise ou pas.




93-infos : Peut-on faire un premier bilan de votre mandat. Quelles actions avez-vous déjà mené à terme ?
Alda Pereira Lemaître :
Dans le cadre du projet sur lequel j’ai été élue, il y a déjà plusieurs choses qui ont été mises en place : la permanence de soins, dans le cadre du logement la commission de désignation communale anonyme composée d’associations et d’une représentation pour chaque groupe politique, un plan de stagérisation massif environ 200 agents stagerisés pour les sortir de la précarité, le programme de réussite éducative, j’ai aussi instauré le cv anonyme au sein de notre DRH*, le pilotage de l’agenda 21… Nous menons une action forte pour le développement durable. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas fini.

93infos : Ou en est-on dans la mise en place des murs anti-bruits ?
Alda Perai Lemaitre :
Sur le petit Noisy, l’ADEME va subventionner à hauteur de 40%. Pour la Boissière, je dois prendre un rendez-vous avec Jean-Paul Huchon pour en discuter avec lui.

93infos : Quels sont vos projets pour 2010 ?
Alda Pereira Lemaitre :
Nous avons des projets très importants comme l’ANRU Londeau. J’ai été menacée physiquement sur le projet ANRU. J’ai demandé au préfet plus de temps pour associer la population. J’ai mis en place des ateliers urbains. Je souhaite que sur les projets structurants les habitants soient impliqués. L’ANRU, c’est un projet porté ensemble. Il n’y a que comme ça que l’on peut y arriver. Si vous imposez un quartier, la population va mal le vivre. Leur quotidien, ils le connaissent mieux que les autres. Lors des ateliers urbains, leur implication m’a touchée. Ils étaient dans la construction. Avec ce changement, nous souhaitons requalifier le quartier, que le Londeau ne soit plus considéré comme un ghetto. Nous allons construire un centre social. Nous avons déjà recruté la directrice. A terme, ce sera un projet associatif. Il y aura aussi la rénovation du groupe scolaire Rimbaud Apollinaire à la fois un agrandissement et le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite. Nous avons un projet de ZAC de l’Ourcq et le PLU. Nous avons commencé à travailler dessus en septembre 2009, ça devrait durer un an et demi. Nous avons un plan d’investissement pluriannuels (PPI) qui n’existait pas avant**.

93infos: Quand on entend parler de Noisy-le-Sec, c’est souvent par rapport aux dissensions du conseil municipal. Est-ce que cela vous gêne ?
Alda Pereira Lemaitre :
Je relativise. Au bout de deux ans de mandat, tous les projets structurants sont portés collectivement. Après, c’est vrai qu’il y a une division sur la tranquillité publique. Je souhaite mettre en place une direction de la tranquillité publique avec de la médiation, un correspondant de nuit… Dans ce projet, il y a aussi la police municipale avec des missions complémentaires de la police nationale. J’ai besoin d’avoir des agents assermentés qui puissent verbaliser, intervenir pour des enlèvements d’épaves, les dépôts d’ordures sauvages… La police municipale joue un rôle important. Depuis l’année dernière elle fait passer le permis piéton et vélo. C’est important. Un enfant de la commune a failli mourir dans un accident. Il traversait avec un casque sur les oreilles en dehors du passage piéton et n’a pas entendu la voiture arriver. Je me suis dit mon dieu, il y a le be.a.ba à leur apporter. Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai demandé au forum européen pour la sécurité urbaine de nous accompagner sur ce projet. Je souhaite remettre de l’humain au cœur des quartiers.

93infos : Courant mars, vous avez convoqué un conseil municipal avec à l’ordre du jour un thème unique : la sécurité…
Alda Pereira Lemaitre :
Je préfère le mot tranquillité publique. Ça s’adressait aux élus. Il faut avoir une vision globale de ce qu’on apporte à la population. La police municipale, c’est un service rendu à la population,  c’est ce que j’ai dit à mes élus. Si demain nous n’avions plus ce service, qui le ferait ? Alors, on irait vers une police privée ? Je suis contre. Je suis profondément attachée au service public. Si le débat se poursuit, je serais amenée à proposer un référendum pour savoir si la population veut ou pas garder ce service. C’est un sujet qui n’est ni de droite ni de gauche, ce sont les réponses que l’on apporte qui sont de droite ou de gauche.


PROCHE DE SES HABITANTS

93infos : On vous voit souvent sur le terrain. C’est votre « méthode » pour être maire ?
Alda Pereira Lemaitre :
J’aime les gens. J’ai besoin d’être au contact et d’échanger en direct. Souvent, les habitants me laissent des messages sur mon portable et quand je rappelle, je m’aperçois que je ne masque même pas mon numéro ! Ça me permet d’avoir une certaine réactivité. Il m’arrive parfois de revenir le dimanche pour travailler sur des dossiers. C’est plus tranquille, le téléphone ne sonne pas. Certains disent qu’un maire doit rester derrière son bureau, ce n’est pas ma conception du métier. Je ne refuse jamais un repas chez l’habitant, dans n’importe quel quartier de la ville. Je vais dans tous les quartiers.

93infos : Vous êtes aussi très présente sur le net avec un site, une page facebook..
Alda Pereira Lemaitre :
Facebook, c’est moi qui suis derrière ! Je pense qu’à l’heure d’Internet, il faut qu’il y ait un échange avec la population par ce biais là. Très souvent, j’ai été avertie par facebook ou sms qu’il se passait quelque chose. Beaucoup plus souvent que par le mail de la mairie ! Très souvent, les gens n’osent pas prendre la parole dans les réunions publiques même s’ils ont des choses à dire. C’est une manière pour moi de les raccrocher au débat. A Noisy il a beaucoup de blogueurs. Il y a un intérêt supérieur à la moyenne.

93infos : Puisque vous parlez de blog, que pensez-vous de celui de François Duarté www.93sang30 ?
Alda Perreira Lemaitre :
Au départ, il a crée ce blog d’après ce que j’en sais, en soutien à la maire sortante. Il y a eu des plaintes pour diffamation. On ne peut pas tout dire et n’importe quoi. Je suis très attachée à la liberté d’expression mais dans le respect de l’autre. Tout ce qui est satirique ne me dérange pas dans l’absolu sauf quand il y a diffamation. Lorsque mes élus m’ont demandé la protection fonctionnelle, je leur ai accordé. S’il aime cette ville, il devrait plutôt se consacrer aux projets, qu’il soit d’accord ou pas, au lieu de ne relever que les anecdotes. Il faut qu’il sorte des attaques personnelles. C’est peut-être le conseil que je pourrais lui donner.

93infos : Vous souhaitez replacer l’humain au centre de la ville et des débats. On sait que les associations ont un rôle primordial dans la cohésion d’un quartier. Les subventions que vous allez leur accorder vont-elles augmenter ?
Alda Pereira Lemaitre :
Pour les associations, compte tenu de la situation de la ville, l’enveloppe est stable, mais je ne peux pas aller au-delà. S’il y a des projets importants, nous sommes prêts à participer. Nous avons une oreille attentive. Je dois rencontrer Abdelhak Kachouri pour savoir comment la région peut nous aider dans ce secteur là.


CHANGER L’IMAGE DU 93

93infos : Vous déclarez vouloir changer l’image du 93…
Alda Pereira Lemaitre :
J’étais lycéenne à Bondy. J’habite à Noisy… Je connais très bien le département. J’ai souvent entendu des journalistes, des politiques me demander « alors, combien de voitures brûlées chez toi ? » Je ne comprends pas la question. Le 93 est un département très festif. Dans ma ville, je n’ai pas un week-end où il ne se passe pas quelque chose. Je leur réponds qu’il faut parler de ce qu’est le département, qu’il est d’une grande richesse. La presse ne reflète pas ce qui se passe dans le département. Je ne veux pas de cette image misérabiliste. Je refuse tout ça. Je bataillerai pour que ça change. Je serai intransigeante.

93infos : L’interco peut-elle jouer un rôle ?
Alda Pereira Lemaitre :
Oui, en étant groupé, nous devenons la première agglo d’île-de-France avec près de 380 000 habitants et nous sommes écouté. Je refuse d’être humiliée et oubliée du projet de Grand Paris.

93infos : Vous êtes vice-présidente d’Est Ensemble. Où en est-on, trois mois après sa création ?
Alda Pereira Lemaitre :
Politiquement, l’intercommunalité est née le 23 janvier 2010. En ce moment, nous sommes en train de définir l’intérêt communautaire. L’habitat indigne est un axe fort. Il faut mettre en place des solutions à l’échelle de l’interco. Sur la santé et le social, nous devons réfléchir à comment faire avancer les choses, peut-être en mutualisant ? Je suis en charge des transports. Ma problématique : comment desservir tous les quartiers ?

93infos : Les petites communes craignent d’être oubliées par l’interco.
Alda Pereira Lemaitre :
C’est la crainte de beaucoup d’habitants. Je souhaite que nous restions dans une démocratie participative. Il faut que nous ayons un lien avec les habitants de nos villes et qu’ils soient en prise directe avec l’intercommunalité. Après, il faut trouver le format… Un élu travaille dessus.

93infos : Un commentaire sur les résultats des régionales…
Alda Pereira Lemaitre :
Jean-Paul Huchon, c’est le candidat que je souhaitais. C’est un homme qui sait travailler en intelligence avec les collectivités. Il nous a déjà accordé 600 000 euros de financement pour les études sur le pôle gare. Nous sommes aussi subventionnés pour l’agenda 21. Notre projet de ville s’inscrit dans celui de la région. Le fait que trois élus du département aient obtenus des vice-présidences, je ne peux que m’en féliciter.




* la DRH travaille actuellement sur la mise en place du CV anonyme qui sera effectif d’ici quelques mois
** le PPI sera présenté en conseil municipal au mois de juin




Pour écouter un extrait audio de l’interview, cliquez ici

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