Bobigny – Encore une visite !

carte 93-nordMais qu’ont-ils donc tous avec la Seine-Saint-Denis ? Depuis plusieurs mois, les politiques se pressent dans le département pour des visites éclairs. L’avis du sociologue Michel Kokoreff.






Sevran serait-elle devenue à la mode ? Depuis le début de l’année, les politiques s’y pressent. Peut-être viennent-ils admirer les nouvelles couleurs de la mairie ? Ou bien simplement se montrer en banlieue… Nicolas Hulot y a annoncé sa candidature pour la primaire écologiste. Claude Guéant est venu une première fois en juin, faisant suite à la demande du maire Stéphane Gatignon de l’envoi de casques bleus. En septembre, il est revenu vérifier que les renforts de police avaient porté leur fruit. Jeanette Bougrab revient elle aussi en Seine-Saint-Denis. Après La Courneuve au mois de juillet, elle sera à Bobigny aujourd’hui pour l’installation d’une « Cellule Jeunes Entreprises » .


174 visites en 2008

En 2008, le nombre de visites ministérielles en Seine-Saint-Denis s’est élevé à 174*. Une situation qui avait poussé, l’ex sénateur Christian Demuynck a poser une question au gouvernement. « Le département de Seine-Saint-Denis est devenu le terrain de visites assez surprenantes. Préparées à la va-vite, donnant plus l’impression de combler un espace dans un agenda disponible, les venues ministérielles en Seine-Saint-Denis sont aussi nombreuses que mal préparées. […] Cette pratique ne semble pas isolée et tend à se banaliser ; elle finit par décrédibiliser l’image des ministres. […] Il semblerait important de recadrer les membres du Gouvernement pour une méthodologie républicaine plus efficace » , déclarait-il alors.


Depuis rien ne semble avoir changé. Les visites sont toujours aussi nombreuses. Mais pourquoi ? Est-ce l’approche de l’élection présidentielle ? Le fait de la proximité avec Paris ? Le sociologue Michel Kokoreff, nous livre son analyse :

« Il y a plusieurs explications possibles. Face à la crise, à la précarisation accrue, à l’insécurité sociale et culturelle qui en résulte, nombre d’électeurs issus des catégories populaires rejettent la bipolarisation de la vie politique française. Ils se déclarent ni de droite ni de gauche. Ce qui fait évidemment les affaires des extrêmes, en l’occurrence du Front National.
Pour la droite, convaincue que les socialistes n’abordent pas les préoccupations profondes des Français (la laïcité, l’immigration, l’insécurité…), il s’agit d’aller à la rencontre de cet électorat volatil et désenchanté et de déterminer les thèmes de la prochaine campagne.
Pour la gauche socialiste, l’enjeu est de balayer le spectre qui va du centre gauche aux marges de la gauche de la gauche (c’est le rôle de Montebourg) en parlant à la fois à tous celles et ceux qui ont peur du déclassement  (les classes moyennes urbaines diplômées en voie d’explosion) et ceux et celles qui se sentent abandonnés par la République (les classes populaires en voie d’implosion).
Dans les deux cas, il s’agit de toucher un électorat fortement abstentionniste. Les territoires des banlieues constituent un réservoir de voix potentiellement important. Mais se précipiter en banlieues suffira-t-il ? ce n’est pas sûr… »





La carte 2011 des visites ministérielles/politiques dans le 93

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* source Le Parisien