Noisy-le-Grand – Le journal de bord de Séverine (4)

Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr
Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr

carte 93-sudC’est le jour J ! Après des mois de préparation, Séverine a couru le marathon de New-York en 4 heures 27 minutes. Retour sur les derniers instants…






Mardi 1er novembre : les derniers conseils

Nous nous réunissons tous à Hope Lodge dans Manhattan, l’un des centres d’hébergement pouvant accueillir jusqu’à 60 patients en cours de traitement. Toute l’équipe de l’American Cancer Society est présente. Pour la première fois, je vois les autres en tenue de travail et j’ai bien du mal à en reconnaître certains dans leur costume ou leur robe !

Le coach principal doit nous donner ses derniers conseils : comment s’alimenter et s’hydrater dans les derniers jours, combien de temps s’entraîner et que faire le jour J. Je me sens presque débordée par la logistique ! Un de ses conseils : « Si vous ne savez pas où aller dimanche, suivez le mec devant vous … il sait où il va. Et quand vous voyez la pancarte ‘arrivée’, arrêtez de courir !  » Cela détend l’atmosphère qui se fait plus lourde maintenant que la tension monte avec les derniers préparatifs.

Cette réunion est aussi l’occasion de récupérer quelques rubans sur lesquels figureront les noms de ceux que je souhaite honorer, ceux qui sont partis et ceux qui continuent de se battre. Bien sûr, mon père aura une place toute choisie sur mon cœur. J’ai presque peur de ne pas réussir à gérer l’émotion…

Côté entraînement, c’est presque dur de ne rien faire. La dernière semaine, on ne doit pas courir plus de 45 minutes. Beaucoup d’entre nous avons l’impression que si l’on arrête maintenant d’avaler les kilomètres, dimanche on ne saura pas avancer 🙂 . J’ai la chance cependant de ne pas avoir de douleurs articulaires ou musculaires contrairement à certains membres de mon équipe. Cependant, ce phénomène est normal et fait partie intégrante de la phase descendante de la période d’entraînement : le corps encaisse les contrecoups des entraînements successifs pour mieux pouvoir repartir le jour J.

Donc je m’exécute … je ne cours pas plus de trois quarts d’heure…

Vendredi 4 novembre : vive la technologie !

Je vais chercher mon dossard à l’exposition marathon qui se trouve sur la 10e Avenue. L’un des employés m’explique que la puce qui chronomètre ma course se trouve dans le dossard lui-même. Pas besoin de porter de puce sur la chaussure. Je reçois également mon T-Shirt, un bandana pour se protéger du soleil et le sac transparent dans lequel toutes mes affaires devront figurer dimanche car le marathon a aussi ses mesures de sécurité.

D’ailleurs, c’est une logistique incroyable. Rendez-vous compte : plus de 47 000 participants, 2 millions de spectateurs au bord des routes. Heureusement que le professionnalisme est là ! L’exposition est elle-même tout simplement impressionnante : je n’avais jamais vu autant de stands vendant des barres protéinées, des chaussures ultra-technologiques ou faisant la promotion pour d’autres marathons dans le monde. On s’y perdrait presque. Première fois que je prends conscience de la taille de l’événement…

Le soir-même nous avons rendez-vous pour une « pasta party » avec tous les membres de l’American Cancer Society. Histoire de se souvenir de ce que nous faisons, de ce pourquoi nous le faisons et de penser au futur. Durant la soirée, de nombreuses personnes ont fait des discours faits d’inspiration et d’espoir. L’émotion fut plus qu’au rendez-vous. Dimanche, une marathonienne expérimentée entamera sa course avec le souvenir de sa dernière séance de chimiothérapie qui avait lieu quelques jours avant ! C’est aussi l’occasion de remercier tous ceux qui ont contribué au projet. Dimanche, nous serons 300 coureurs à s’engager au côté de l’ACS. A nous tous nous aurons récolté plus d’un million de dollars à l’occasion de cet événement. Donc merci à vous qui avez contribué !!

Samedi 5 novembre : J-1

Il est 8h. L’équipe se rejoint dans Central Park. L’idée est de courir tous ensemble 20 minutes et de franchir la ligne d’arrivée afin de prendre ses marques. Nous recevons également les derniers conseils : ne pas se lancer emporter par l’énergie de la foule, s’arrêter à tous les stands de ravitaillement, lever les bras dans les derniers kilomètres…

Dimanche 6 novembre : c’est le grand jour !

Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr
Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr

4h du matin. Si si, 4h du matin. Je n’en crois pas mes yeux mais je dois prendre un bus qui part de Central Park à 5h30. Les routes ferment tôt et la course part de Staten Island (enfin, du pont qui mène dans Brooklyn). Heureusement que le changement d’heure me permet de dormir une heure de plus.

Malgré l’appréhension, je réussis à avoir une nuit correcte de sommeil. J’avais préparé mes affaires de la veille afin d’éviter le stress de dernière minute : deux paires de chaussures, mes chaussettes, ma tenue, mon ravitaillement pendant la course, mon dossard. Et hop, me voilà dans le bus. L’ambiance est sympathique et c’est l’occasion de faire connaissance avec d’autres coureurs que je n’avais jamais rencontrés. Nous arrivons au village des coureurs aux alentours de 7 heures. Après quelques heures passées sous la tente de l’American Cancer Society, je m’apprête à partir. Les premiers coureurs sont déjà partis.

La course se divise en trois vagues de départ pour une meilleure maîtrise du flot des coureurs : 9h40, 10h10 et 10h40. Je suis dans la dernière vague. Il faut rejoindre la ligne de départ plus de 30 minutes à l’avance. La densité des coureurs sur la ligne de départ est tout simplement indescriptible. Tout comme le frisson au moment du coup de pistolet marquant le début de la course.

On part donc du pont de Staten Island pour se diriger vers Brooklyn. La vue est tout simplement magnifique et le temps idéal. J’angoisse d’avoir oubliée la crème solaire car le ciel est entièrement dégagé. Erreur de débutant ! Mais j’oublie vite en voyant la foule dans Brooklyn qui est tout simplement fantastique !! Si vous n’avez pas d’énergie, il suffit d’absorber celle de la foule. Nous effectuons un semi-marathon dans Brooklyn au gré des « Come on » et « You are almost there » (Ndlr : vous y êtes presque), ce qui n’est encore pas vraiment le cas ! Je finis mon premier semi en 2h02 et je suis plutôt confiante.

Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr
Séverine Toussaert, le jour du marathon de NY © dr

La 2e partie commence : Le Queens et la traversée du Queensboro Bridge. C’est la première fois que nous sommes seuls. Sans l’aide de la foule. Et ça grimpe. Kilomètre 25. Juste le temps de réaliser que, oui, nous courons un marathon ! Au bout du pont, arrivée dans Manhattan par la 1ère Avenue. Le sentiment est incroyable : l’Avenue est pleine à craquer et on prend tout simplement un bain de foule. On nous avait bien mis en garde contre l’excès de zèle à l’arrivée sur la 1ère Avenue tellement on se sent porté par cette énergie indescriptible.

Maintenant, c’est l’arrivée dans le Bronx. Nous sommes au delà du kilomètre 30. Pour certains, c’est le « mur » , c’est-à-dire le moment où on sent que l’on paie les erreurs du début de la course. Je me sens heureusement plutôt bien… sauf que j’ai envie d’aller aux toilettes. Et oui, j’ai beaucoup bu et je sens que je ne pourrai pas finir la course sans m’arrêter une minute. Mais des toilettes portables sont prévues tout au long de la course donc ce n’est pas un problème. Arrivée sur la 5e Avenue et dernière partie de la course : nous finirons dans Manhattan. Nous traversons Harlem et là encore les musiciens qui jouent du djembé au bord des routes me donnent l’énergie qui me manque.

Je sens que les 5-6 derniers kilomètres seront durs. Ça tombe bien, je sais à qui penser à ce moment : mon père. J’aurais tellement aimé qu’il puisse être là parmi la foule. Mais j’ai des amis pour me soutenir : dans les 2 derniers kilomètres, j’aperçois mon amie Audrey, ma partenaire de tennis à NYU (notre université), et je suis regonflée à bloc. A l’avant dernier mile, je ne peux m’empêcher de retenir mes larmes : j’y suis !! Arrivée. 4 heures 27 minutes. Le temps a vraiment peu d’importance. Le challenge est relevé et l’émotion était bien là.

Maintenant il me reste des souvenirs, une médaille, des photos et l’envie surtout de recommencer l’an prochain. Je serai d’ailleurs volontaire au sein de la fondation afin de les aider dans leur programme sportif.

Merci à tous ceux qui m’ont soutenue et continueront de me soutenir dans le futur. Pour la beauté du sport. Contre ce fléau de cancer. Pour célébrer la vie.



Retrouvez le journal de bord de Séverine en ligne sur 93infos :
– Vendredi 28 octobre : journal de bord, 3eme partie
– Vendredi 21 octobre : journal de bord, 2eme partie
– Vendredi 16 septembre : journal de bord, 1ère partie
– Jeudi 11 août : Séverine va courir le marathon de NY