Livry-Gargan – Dialogue interreligieux à la salle paroissiale

carte 93-nordRéunir des personnes de différentes confessions dans une même salle et discuter à bâton rompu, tel était le but de la conférence intitulée « Vivre ensemble dans la diversité » qui s’est déroulée dimanche 11 décembre à Livry-Gargan.




Dans le cadre des rencontres B’Arts organisée par l’association Arts et Liens, une conférence un peu spéciale s’est tenue dimanche dernier en la salle paroissiale de Livry-Gargan. Elle a réuni des représentants de différents culte et avait pour but : « Un échange entre personnes d’opinions différentes (musulmans, catholiques, juifs, orthodoxes, libres-penseurs scientifiques…) désireuses de s’ouvrir aux efforts de chacun pour tenter de construire ensemble un avenir de paix ».

Ont participé à la discussion : Hassen Chalghoumi (imam de Drancy), Yves Ammar Haïm (rabbin de Drancy, Le Bourget, Bobigny et Pantin), Marie-Laure Guttinger (pasteur du Raincy), l’abbé Jean Courtaudière (représentant du Diocèse de Saint-Denis chargé des relations avec les Musulmans), le père Jean-Claude Boivin (prêtre de Livry-Gargan) et Laurence Seutin, (directrice des affaires culturelles de Livry-Gargan).

Une cinquantaine de personnes y ont assisté.

C’est l’auteur Livryen Louis Falavigna qui est à l’origine de cette initiative. Son livre La vérité n’est pas une, a été le point de départ de la rencontre. C’est donc lui qui a lancé le débat en rappelant que la science ne peut en aucune façon trancher en toute objectivité la question de l’existence ou de la non-existence de Dieu.

Le rabbin Ammar Haïm, contestant la théorie du Big-Bang, propose l’exemple d’une montre (l’Univers !) que l’on jetterait à terre (explosion initiale)… Et constatant les débris, il conclut : « Comment auraient pu exister des mondes aussi complexes s’ils n’étaient l’œuvre d’un dieu horloger ? »

L’imam Hassen Chalghoumi, sans vouloir s’appesantir sur le sujet, évoque l’absence de volonté parmi les dirigeants de nombreux pays pour faire vivre les hommes dans la paix. Il met l’accent sur la crise des valeurs qui ébranle le monde entier, crise provoquant les multiples affrontements aggravés par des manipulations politiques. Jean Courtaudière, représentant du Diocèse, cite de nombreux exemples de solidarité entre les personnes de croyances différentes, notamment les actions menées conjointement par le Secours Catholique et le Secours Islamique.

A la question de savoir si l’impossibilité scientifique de résoudre le problème de l’existence de Dieu est un Bien ou un Mal, il est répondu par une intervenante que la liberté a été laissée à l’homme de croire ou de ne pas croire, d’aimer ou de haïr.


Favoriser le dialogue et garantir l’éducation des plus jeunes

On revient sur la question : comment vivre ensemble ? L’imam Hassen Chalghoumi insiste sur la notion de solidarité et la rencontre plus fréquente d’hommes d’origines différentes afin de s’ouvrir à l’autre, ce qui permettrait « de repousser la barbarie humaine » . Il affirme plusieurs fois : « le principal, c’est l’homme, quel qu’il soit. »

Le père Boivin donne une note plus optimiste en citant des exemples de rencontres de plus en plus fréquentes entre gens de croyances différentes.

Le rabbin Hammar Haïm cite également de nombreux exemples de rencontres entre Juifs et Musulmans, l’origine du mot Jérusalem qui, évoquant shalom, signifie Paix. Il rappelle les notions de fraternité et d’acceptation de l’Autre pour pouvoir se dire l’homme de Dieu.

Différents intervenants insistent sur les actions concrètes à mener chez les jeunes enfants et soulignent, avec le pasteur Marie-Laure Guttinger, l’importance de l’éducation pour que ces jeunes puissent le plus rapidement possible discerner les notions de Bien et de Mal et se montrer capables d’échapper à tout endoctrinement « massacreur d’âmes » .

Monsieur Chalghoumi revient sur l’idée que, pour éviter l’enfermement dans toute forme de communautarisme générateur de solitude et d’agressivité, il est vital de dialoguer, de créer des occasions de rencontres, de tendre la main à tous ceux qui sont catalogués comme délinquants, voyous…

Le représentant du diocèse Jean Courtaudière, à la question « Comment redonner une âme aux jeunes, victimes d’enfermements de tout genres y compris dans les nouvelles technologies ? » , répond qu’il faut « instaurer des dialogues de vie, des dialogues dans l’action, des dialogues sur les expériences religieuses, et des dialogues à partir de recherches théologiques » .

C’est l’imam qui prononce les derniers mots en indiquant qu’il faudrait donner une leçon aux politiques en leur demandant de planter dès maintenant leur olivier.

Au bout de plus de deux heures, il a fallu interrompre un débat qui aurait pu se prolonger encore longtemps !



Par Louis et Colette Falavigna. Merci à Didier Labille qui nous a permis de reprendre ce compte-rendu.